Les Belles Ecorces

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Moins louées que les fleurs ou les feuillages, les écorces sont pourtant l'une des plus belles parures des arbres en hiver. C'est en effet en cette saison où la vie des plantes semble s'être arrêtée, que les écorces de certains végétaux prennent alors un relief d'une importance toute particulière. La disparition des feuilles les révèle entièrement. Et les rayons obliques du soleil, faisant ressortir leur matière, leur galbe, leurs coloris parfois étonnants, les éclairent comme ils ne peuvent le faire en aucune autre période de l'année. Et si la neige vient à tomber, les voilà qui se détachent sur la blancheur environnante dans toute leur perfection. C'est le moment de les observer avec attention et de découvrir les qualités décoratives de certaines. Persistantes ou caduques (c'est-à-dire s'exfoliant), les écorces peuvent prendre des aspects, des coloris et des formes très variés. Toutefois dans tous les cas de figure, l'écorce reste avant tout une gaine protectrice de l'arbre. Très fine sur l'un ou au contraire très épaisse sur l'autre, elle abrite la circulation des gaz entre l'intérieur du tronc et l'atmosphère environnante. La beauté de certaines écorces est telle qu'elle peut suffire à déterminer un choix lors des plantations d'arbres d'ornement dans un jardin.
Qu'il s'agisse des curieuses écorces liégeuses et spongieuses d'un Phellodendron ou de la flamboyante écorce du Prunus serrula, des soyeuses écorces des Betula albo sinensis, ou de l'étonnante écorce de l'érable à papier qui éclate et s'enroule avant de tomber ou des tries régulières des érables jaspés, les gammes sont infinies. L'écorce varie aussi selon les caractéristiques de l'environnement en s'adaptant aux conditions climatiques. A l'exemple du chêne dont l'écorce rugueuse permet de bien résister aux fortes chaleurs et surtout aux brûlures du soleil dans les régions du sud ou du hêtre qui apprécie plutôt l'ombre et se dote d'une écorce fine et lisse.
On peut aussi les classer en deux catégories distinctes : les écorces caduques ou les écorces persistantes.
Très spectaculaires car s'exfoliant, les écorces caduques peuvent être parcheminées : Betula albo sinensis, Prunus serrula ou Prunus sargentii, Acer griseum. L'Eucalyptus, le Sorbus aria ou l'Acer pseudoplatanus ont des écorces à cicatrices colorées. Quant aux Cedrela sinensis ou aux Aesculus hippocastanum ils présentent des écorces au dessin particulier qui s'exfolient par plaques de façon très spectaculaires.
Les Carpinus betulus, Celtis, Fagus et Laburnum ont des écorces qui restent lisses, tandis que le Sorbus aucuparia et le Quercus palustris ont des écorces lisses qui se fissurent tardivement. Autres écorces persistantes mais crevassées, celles des Acer campestre, des Platanoïdes, des Liquidambar, Salix, Pyrus et certaines variétés de Quercus.

Nombre d'espèces très communes possède ce genre de belle écorce. Il suffit de regarder par exemple l'écorce brun-rouge du pin sylvestre qui prend, éclairée par le soleil d'hiver, un éclat incomparable. Et vous verrez de véritables oeuvres d'art à l'examen de celle des bouleaux d'Europe et des platanes communs ou de leurs hybrides.
Les platanes font partie de ces arbres dont les écorces anciennes s'exfolient par plaques. Ces plaques tombent en général en été, révélant alors les couleurs extraordinairement tendres, d'un jaune un peu verdâtre qui parfois vire au rose, de la nouvelle écorce. Certaines années particulièrement favorables, c'est tout l'arbre qui semble ainsi, en quelques semaines, faire peau neuve de la base du tronc aux plus hautes branches.

Mais c'est sûrement parmi les espèces exotiques que les écorces d'arbres sont les plus étonnantes. Le plus éclatant de tous est le bouleau à canots (Betula papyrifera). Il peut devenir un grand arbre, au port largement étalé, mais néanmoins léger. Mais ce qui le distingue avant tout est la remarquable blancheur de son écorce qui s'exfolie par grands lambeaux.
A ces côtés, citons les deux espèces européennes, Betula pendula et Betula pubescens, le bouleau de l'Himalaya Butela jacquemontii et celui du Japon, Betula maczimowicziana, à grandes feuilles. Toutes ces espèces plus quelques autres se satisfont d'une très grande diversité de sols et sont le mieux mis en valeur sur le tapis vert d'une pelouse, devant un fond de conifères sombres. Ils n'arborent pas tous une écorce blanche, certains se caractérisent par de très jolis tons jaune crémeux, rose, cuivre ou ambre qui constituent autant de touches très délicates et décoratives dans un jardin, à l'exemple de ce très beau bouleau originaire de Chine, Betula albo-sinensis 'Septentrionalis' qui se caractérise par la nuance rosée de son écorce aux reflets changeants. Ces bouleaux font preuve, eux aussi, d'une grande résistance au froid.

Un autre genre, celui des érables, comporte de nombreuses espèces à écorces spectaculaires. Celles-ci sont en général lisses, grises ou vertes, marbrées de blanc, de gris ou de vert pâle, ce qui leur a valu le surnom d'érables "à peau de serpent". Une de ces espèces est américaine (Acer pennsylvanicum) ; les autres sont asiatiques (A. davidii, A. grosseri 'Hersii', A. henryi, A. laxiflorum ...).
Parmi ces érables d'Asie, il en est un qui mérite une mention particulière : l'Acer griseum. Très réputé, parure de nombreux parcs et jardins célèbres, cet arbre remarquable et de petite taille possède une admirable écorce brun cuivré s'exfoliant en très fins lambeaux. Il convient idéalement aux petits jardins où il rosit en automne. La plupart de ces érables sont de culture facile mais certains peuvent tout de même se révéler mains tolérants que d'autres aux sols calcaires peu profonds. Aucun cependant n'exige un sol franchement acide, à l'inverse des érables dits "japonais". Parmi ces derniers l'érable du Japon 'Senkaki' possède l'écorce la plus brillante.
L'Acer grosseri 'Hersii' est un arbre très séduisant : à la beauté de son écorce verte dont les marbrures rappellent une peau de serpent, il ajoute celle de son très beau feuillage, doré en automne. Très rustique et acceptant la plupart des sols, il mérite d'être planté dans tous les jardins.

Moins spectaculaires pour leurs floraisons que certaines espèces obtenues à cette fin, certaines espèces de cerisiers (Prunus) se distinguent par une écorce lisse et brillante, d'aspect satiné, à striures horizontales, dont les teintes vont du cuivre doré (P. maackii) à l'acajou foncé (P. canescens, P. dawyckensis, P. dielseana, P. serrula ...). Celle du Prunus serrula est brillante et sa teinte acajou évoque une marqueterie ou du métal poli, rendant cet arbre célèbre dans le monde entier. La beauté des troncs de ces arbres constitue une véritable révélation. Toutes ces espèces apprécient les expositions ensoleillées ainsi qu'un sol limoneux et bien drainé.
Par ailleurs les hasards de l'hybridation font souvent bien les choses : le Prunus schmitti, dont les parents (P. avium et P. canescens) sont dotés l'un comme l'autre d'une écorce parfaitement dénuée d'intérêt,  offre une écorce tout en fines rondelles acajou.

C'est de l'extrême Est de l'Asie que nous viennent les Stewartia. Ces parents des camellias, ils sont surtout connus pour leur délicate floraison estivale dont la fraîcheur est extraordinaire. Mais l'écorce de certaines espèces de Stewartia, telles que S. koreana, S. pseudocamellia ou S. sinensis n'a rien à envier, pour sa beauté, à la floraison. Chez ces arbustes, en effet, l'écorce ancienne, verte, se détache de place en place, pour laisser apparaître des plaques lisses, brun rougeâtre à orangé. En automne, l'alliance du tronc marbré des Stewartia et de leur feuillage doré offre, principalement après la pluie, un spectacle incomparable. Ces arbres sont splendides en toutes saisons. Ils sont malheureusement calcifuges, mais ils se rattrapent par une parfaite rusticité.

Il existe deux arbres ayant le même type d'écorce s'exfoliant par plaques et révélant alors de magnifiques taches de couleurs. Ces deux arbres sont des pins asiatiques tolérant, contrairement au Stewartia, les sols calcaires. Chez le premier, le Pinus bungeana, l'écorce gris-vert, en se détachant, laisse apparaître des taches de blanc, de jaune, de mauve, de brun et de vert. Ce pin est probablement et à juste titre, l'un des plus réputés qui soient au monde pour la splendeur de son écorce. Chez le second, le Pinus gerardiana, l'écorce âgée, gris-rose, découvre en tombant des taches de jaune, de vert et de brun dont la combinaison est, elle aussi, d'une beauté rare. Ces deux arbres sont de taille petite ou moyenne, bien adaptés aux petits jardins. Ils sont malheureusement peu commercialisés.

Les Eucalyptus possèdent également une écorce qui s'exfolie en grands lambeaux. Chez certaines espèces, ces lanières d'écorce restent accrochées au tronc tout autour duquel on les voit pendre. Les lambeaux se détachent pour révéler des camaïeux de teintes très remarquables : du blanc argenté au gris bleuté pour l'Eucalyptus camaldulensis, de gris au vert en passant par le crème et le beige pour l'E. niphophila, du gris virant au blanc pour l'E. dalrympleana et au rosé pour E. nitida.
Ces trois espèces, originaires d'Australie et de Tasmanie, sont de taille moyenne et relativement rustiques dans les régions tempérées que sont l'ouest et le sud de notre pays.
Une espèce pour climat doux, E. perrilata, possède une remarquable écorce blanche à taches sombres.

Dans la même famille, le Myrtus apiculata est un très beau petit arbre originaire du Chili, à écorce blanc crème, beige et brun, qui devrait très bien réussir dans l'ouest et le sud-ouest de notre pays.

Il faut aussi évoquer deux arbousiers remarquables pour la beauté de leur écorce lisse et de couleur rousse, l'Arbutus andrachnoides et l'A. menziesii. L'un et l'autre peuvent devenir des petits arbres d'une dizaine de mètres de hauteur. A. menziesii est calcifuge mais il a l'avantage d'être plus rustique que A. andrachnoides. Tous deux réussissent très bien en région parisienne.

Certains rhododendrons sont également remarquables pour la beauté de leur écorce. Par exemple, le Rhododendron barbatum et le R. thomsonii. Ces deux espèces de grande taille portent en effet leur abondante floraison rouge foncé sur une charpente élancée que recouvre une splendide écorce brun-rouge, à reflets prune, qui s'exfolie en minces lambeaux. Ayant beaucoup de points communs, elles ont d'ailleurs été croisées entre elles, et curieusement, leur hybride le plus connu, le rhododendron 'Cornish Cross' a des fleurs roses dont il se couvre abondamment en avril. Mais il a conservé de ses parents un port admirablement élancé ainsi que la très belle écorce.
Parmi les rhododendrons de taille plus modeste, il y a le R. nipponicum, à feuilles caduques et à fleurs blanches, dont la belle écorce couleur de cannelle s'exfolie également en lambeaux très minces. Il n'est malheureusement pratiquement pas commercialisé.
Tous ces rhododendrons ont les exigences de la plupart de leurs semblables et l'exposition idéale à leur fournir est une bordure de sous-bois clair relativement abrité, surtout pour R. barbatun qui fleurit dès le mois de mars.

Les séquoias d'Amérique du Nord, célèbres pour leur grande taille, possèdent eux aussi une écorce à la fois très belle et très curieuse. Très épaisse et d'une éclatante couleur rouille, elle est d'une consistance spongieuse, très inhabituelle au toucher. Si elle rappelle l'amadou, elle n'en a pas les propriétés, bien au contraire. Il est prouvé en effet qu'elle résiste remarquablement au feu et c'est peut-être là une des causes de la longévité de ces imposants conifères qui peuvent atteindre, parait-il, l'âge considérable de trois mille ans.
 

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Avant de planter les arbres que vous aurez choisis pour votre jardin prévoyez des emplacements différents suivant leur aspect. Il existe en effet deux catégories d'écorces : celles qui sont très lumineuses, comme chez les bouleaux ou les prunus par exemple, et dont l'écorce se voit de loin, et celles dont la beauté discrète exige un examen plus attentif, plus minutieux. Cette deuxième catégorie d'écorce doit être approchée pour qu'apparaissent le jeu de la matière, les rythmes, la subtilité des contrastes. Les eucalyptus ou les érables rentrent dans cette deuxième catégorie, et pour elle, vous devrez vous attacher à planter vos sujets dans un lieu où l'on pourra facilement les contempler de près - à proximité de la maison, au détour d'une allée, près d'un banc ... Ils prendront alors toute leur valeur et, au cours de chacune de vos promenades, sauront capter votre regard et vous révéler ainsi tous les secrets de leur étonnante beauté.
 

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